Chrispierre-Dauphin
Le Naufrage
LE Chrispierre-Dauphin S’ÉCHOUE
CATASTROPHE EN CÔTE D’ALBÂTRE – LE Chrispierre-Dauphin, QUATRE HOMMES EN ENFER
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Le Chrispierre-Dauphin le 7 octobre 2008 Une fortune de mer, une catastrophe maritime tient souvent à presque rien... Chaque jour, de par le monde, de nombreux navires sillonnant mers et océans risquent de sombrer. L’importance du trafic maritime n’est pas la seule raison de ces « presque catastrophes ». Il suffit de regarder récemment l’actualité en ce domaine pour se rendre compte qu’un bateau s’échoue ici ou là... Comme ce fut le cas sur la Jaume Garde près de Porquerolles en 2008, qu’un autre vient terminer sa course sur le phare du Planier, en rade de Marseille. Voulaient-ils imiter le Chaouen ? Deux exemples parmi tant d’autres, mais pourquoi cela se produit-il encore de nos jours, à l’époque des GPS, satellites et autres instruments de navigation ultrasophistiqués ? Notre propos n’est pas d’accuser ou de chercher à savoir pourquoi ces événements se produisent, mais quoi qu’il en soit, ce sont des faits qui troublent parfois l’esprit. On peut se demander légitimement quelles sont les raisons de ces incidents ? Et puis, il y a les drames, que nous pourrions presque qualifier de « vrais drames », des épisodes qui marquent à jamais ceux qui les vivent et qui, avec un courage exemplaire, s’en sortent in extremis. Telle est l’histoire du Chrispierre-Dauphin, qui aurait pu sombrer dramatiquement au fond de la Manche. Nous pensons que ces histoires méritent de trouver une place sur notre site et qu’elles sont dignes d’intérêt, raison pour laquelle nous leur consacrons ces quelques lignes. Comment ne pas évoquer également d’autres échouements le long de la côte d’Albâtre, comme celui du Mona-Lisa, dont nous vous retraçons quelques lignes en bas de cette page, à travers l’histoire de la Compagnie des Abeilles ? Fatalité, erreur humaine, concours de circonstances, ou tout simplement hasard, cette répétition de l’histoire marque à coup sûr et à jamais les hommes qui vécurent ces moments. Ainsi, certains navires achèveront leur vie en sombrant dans les profondeurs des océans, d’autres verront la solidarité et la détermination des hommes inverser le sens du drame, et nombre d’entre eux termineront leur parcours « à la ferraille », comme ce fut le cas pour le Chrispierre-Dauphin. Et les hommes qui restent alors ? Doit-on balayer d’un revers de main leur histoire et leur passé ? |
LES COULISSES DU DRAME

(Photo DR)
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Venant de Port-en-Bessin et faisant route vers Dieppe, le bateau de 18 mètres naviguait sur une mer démontée. Vers 01 h 10, le coquillard se trouve en très grande difficulté au large de Sotteville-sur-Mer (76), une zone où les récifs sont légion ! À bord, un équipage réduit de quatre personnes – une chance ! Le patron du Chrispierre-Dauphin décide de lancer un appel de détresse au CROSS du cap Gris-Nez, car il vient de s’échouer par marée montante à proximité de la côte avec une voie d’eau à bord, indique l’officier de 1re classe Charles Averty des Affaires Maritimes, qui coordonne les opérations de secours depuis le CROSS. La situation de l’équipage s’est en fait très rapidement dégradée, car la voie d’eau signalée s’est faite de plus en plus importante au fil des heures. L’eau a commencé à envahir la timonerie. |
UN EXTRÊME SANG-FROID
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Les quatre hommes, dont le patron Jean Desmoulins, 38 ans et père de sept enfants, connaissent alors une véritable frayeur à bord de leur bateau balloté par les flots agités, à tel point qu’ils ne peuvent mettre le radeau de sauvetage à l’eau. Au niveau du CROSS, on déclenche les grands moyens : des vedettes de la SNSM de Dieppe, Fécamp et Saint-Valéry-en-Caux, ainsi que l’hélicoptère Dragon 76 de la Sécurité Civile et l’hélicoptère Dauphin de la Marine Nationale, en provenance du Touquet. Les quatre hommes font preuve d’un extrême sang-froid, remarque l’officier du CROSS, car les conditions d’attente des secours sont particulièrement délicates, avec l’eau qui ne cesse de monter et l’électricité en panne, plongeant l’équipage dans l’obscurité. Sur place, les vedettes de la SNSM sont dans l’incapacité de s’approcher du chalutier échoué en raison de la présence de nombreux rochers, mais les sauveteurs aident efficacement à la coordination des secours, indique l’officier Charles Averty. Un premier hélicoptère arrive sur zone, mais se pose un peu plus loin ! L’espoir s’effondre à bord du Chrispierre-Dauphin; les hommes ont alors de l’eau jusqu’au cou. Il faut attendre l’arrivée d’un second hélicoptère. |
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Le Dauphin de la Marine Nationale est équipé d’un treuil et les opérations d’évacuation commencent. Heureusement, l’équipage est réduit. En effet, ils ne sont que quatre, contre les six membres que compte habituellement le coquillard. Si le navire avait été armé avec son équipage au complet, un drame humain se serait probablement produit lors de l’hélitreuillage ; le dernier et quatrième marin ayant été extrait in extremis. Le patron du navire fait preuve de courage et aide un par un ses « gars » aux délicates manœuvres d’hélitreuillage. |
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Il se met carrément sous l’eau pour porter le plus jeune sur ses épaules afin qu’il attrape le harnais de sauvetage. C’est d’ailleurs le patron qui a le plus souffert du froid. Aux dires des témoins, dont Christiane Decure, bouleversée par la catastrophe : « Il n’avait plus de couleurs dans l’ambulance... » Que serait-il advenu à deux hommes supplémentaires, alors que l’eau avait envahi la quasi-totalité du navire ? Quelques jours plus tard, le patron du navire et Christiane Decure se rendront sur la plage de Sotteville pour voir leur bateau. Un moment très dur que de retrouver ainsi son navire à l’abandon sur le sable. Le patron déclarera alors que, pour lui, le temps avait été interminable, qu’il lui avait semblé que les hélicoptères avaient mis un temps incroyablement long pour intervenir. Il enchaînera en disant que, heureusement, il y avait eu le téléphone portable, chargé ; c’est ce qui les a sauvés ; cela a permis de « tenir compagnie » aux hommes en leur disant que, de la terre, on voyait les secours, des lumières arriver, même si cela était faux, mais il leur fallait garder espoir. |
UNE ISSUE « HEUREUSE »
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L’hélicoptère parviendra à extraire l’ensemble de l’équipage, qui sera déposé à proximité de Sotteville-sur-Mer, où il sera immédiatement examiné par les médecins urgentistes des sapeurs-pompiers. Sains et saufs mais choqués, il faudra du temps à chacun pour panser les blessures morales d’une telle catastrophe. Au-delà de la perte du navire, il convient de ne jamais oublier l’extrême dureté du travail des marins-pêcheurs et les conditions difficiles dans lesquelles ils exercent leur activité au quotidien pour nous apporter coquilles Saint-Jacques, poissons et autres produits de la mer. C’est au péril de leur vie que ces hommes courageux prennent à chaque fois la mer, avec à l’esprit tous les risques inhérents à leur métier. Même si la mer est leur « gagne-pain », il ne faut jamais oublier le prix qu’elle fait payer à ces hommes pour vivre, et parfois « survivre » ! |
UNE ÉPAVE, TOUJOURS UNE TRAGÉDIE
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Au-delà de l’hommage que le GRIEME souhaite rendre à ces marins, aux sauveteurs et à celles et ceux qui ont œuvré pour porter secours, il convient de garder bien présent à l’esprit que le Chrispierre-Dauphin symbolise parfaitement la tragédie d’un incident majeur à bord d’un navire. Le GRIEME souhaite garder intacte la mémoire des hommes et des navires qui reposent au fond des mers. Que ce soit des navires civils ou des bâtiments de guerre coulés dans des circonstances « particulières », nous ne voulons pas que toutes ces tragédies sombrent une seconde fois, dans l’oubli. C’est bien le sens et l’objectif de notre association : porter à la connaissance de tous l’histoire des « fortunes de mer » et des catastrophes qui ne trouvèrent pas une fin aussi « heureuse » que celle du Chrispierre-Dauphin, aussi douloureux que soit cet épisode, pour que la mémoire reste bien présente et vivante ! |
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Photos
TÉMOIGNAGES PAR LES IMAGES VUES PAR LE GRIEME
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Épilogue
FIN DE VIE DANS UN COIN DE CHAMP QUELQUE PART EN NORMANDIE
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Le Chrispierre-Dauphin va donc terminer sa vie non loin de la mer sur laquelle il aura navigué pendant des années. Après avoir reçu le coup fatal, le navire agonisera face aux falaises de la côte d’Albâtre. Au grand désespoir de sa propriétaire et des hommes qui le servaient, le chalutier restera ainsi sous les regards des curieux, impuissant à pouvoir repartir vers le destin qui est celui de tout navire de pêche, au large. Puis viendra la « mise à mort » définitive. Le navire sera « mis à terre » définitivement. Déchiqueté par les coups de pelle d’une grue mécanique, écartelé, anéanti et réduit en morceaux. La plage sera ainsi nettoyée de toute trace du drame et il ne restera plus que la mémoire des hommes et quelques lignes dans un journal local pour se souvenir de la fin tragique du Chrispierre-Dauphin. |
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Tout comme le Coralline, dont nous évoquons la bien triste histoire dans notre ouvrage La Saga des épaves de la côte d’Albâtre – Tome 1 (page 37), le chalutier dieppois sera totalement disloqué. Cliquer sur l’image pour agrandir et lire l’article |
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Le GRIEME a retrouvé les dernières pièces du navire, quelques débris déposés dans le coin d’un champ appartenant à l’entreprise chargée de l’enlèvement du chalutier. Nous vous offrons les dernières images du Chrispierre-Dauphin.
REMERCIEMENTS AUX ÉTABLISSEMENTS MASSIF ET FRÈRESCavée Verte à Manneville-es-Plains, qui nous ont permis de réaliser ces dernières images |
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Remerciements
REMERCIEMENTS – SOURCES DONNÉES PHOTOS TERRESTRES : GRIEME
À lire sur le site de la Préfecture Maritime Manche – Mer du Nord
Article des Informations Dieppoises à lire également























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